Marcher en forêt : quand la nature fait du bien au corps, à l’esprit… et au photographe
Cet article est différent de ceux que tu trouves d’habitude ici. Pas de réglages photo, pas de choix de matériel. Je veux te parler de bien-être, de ce que la marche en forêt semble faire à notre corps et à notre tête, et comment la photographie peut s’intégrer là-dedans comme une bonne raison de plus de sortir.
Je vais citer des études, parce que je voulais savoir si ce que je ressens est réel ou juste dans ma tête. Mais ce n’est pas un article médical. C’est plutôt le récit d’un photographe qui marche beaucoup, qui se sent mieux, et qui a cherché à comprendre pourquoi.
Depuis que j’habite au milieu des arbres
Parfois, j’ouvre ma porte et je réalise à quel point ma vie a changé.
Devant moi, il y a la forêt. Peu importe où je regarde, ce sont des arbres. Des feuillus, des conifères, un mélange de tout, et la rivière du Lièvre. Si je pars marcher, je retrouve encore des arbres, autour de chez moi, au lac Vert, et surtout au Parc régional du Poisson Blanc. Certains appellent le Poisson Blanc un lac, d’autres un bassin, tellement c’est vaste. La forêt qui l’entoure est tout simplement magnifique.
Quand je suis arrivé à Val-des-Bois, il y a presque deux ans, j’étais épuisé. Même marcher était devenu difficile. Aujourd’hui, je marche en forêt souvent, et je suis redevenu capable de courir comme avant. Je me sens beaucoup plus jeune.
Je ne vais pas dire que les arbres ont fait un miracle. Bouger plus, marcher souvent et changer de rythme de vie jouent un rôle. Mais il y a autre chose que j’ai du mal à mesurer, ma tête est plus reposée, je sens moins la fatigue mentale et mon humeur s’est améliorée.
Je me sens tout simplement mieux.
Et ça m’a donné envie de me demander : est-ce seulement une impression personnelle, ou la forêt agit-elle réellement sur nous ?

Il n’y a rien à réussir
On a pris l’habitude de tout mesurer. Combien de kilomètres ? Combien de pas ? Combien de calories ?
La forêt propose l’inverse. On peut marcher lentement, s’arrêter, regarder, écouter, respirer, s’asseoir quelques minutes au bord de l’eau.
Au Japon, cette approche a même un nom, le shinrin-yoku, que l’on traduit par « bain de forêt ». Il ne s’agit pas de randonnée sportive. L’idée, c’est de s’immerger dans l’environnement forestier avec tous ses sens.
Les chercheurs s’y intéressent sérieusement. Une méta-analyse récente a regroupé 25 études et 1 876 participants, des étudiants, des travailleurs, des personnes en bonne santé et d’autres qui traversaient des périodes plus difficiles. Les chercheurs ont observé qu’un temps structuré passé en forêt était associé à une diminution du stress, de l’anxiété et des symptômes dépressifs, au moins à court terme. Ils précisent qu’on ne sait pas encore si l’effet se maintient pendant des semaines ou des mois.
Cette nuance est importante. La forêt n’est pas un médicament. Mais elle peut faire partie d’un mode de vie bon pour le bien-être.
Le corps semble réagir à la forêt
L’un des indicateurs les plus étudiés est le cortisol, une hormone liée au stress. Une revue systématique a examiné 22 études. Dans presque toutes, sauf deux, le cortisol était plus bas après un séjour en forêt, ou plus bas que chez les personnes restées en ville.
Une autre méta-analyse, avec 21 études et 2 270 participants, a vu en moyenne une pression artérielle un peu plus basse après des activités en forêt, par rapport à la ville. Les séances d’au moins 20 minutes semblaient donner de meilleurs résultats que les plus courtes. Les résultats variaient toutefois beaucoup, alors il vaut mieux parler de tendance que de promesse.
Ça correspond à une sensation que beaucoup de gens connaissent. Quelques minutes après être entré dans un bois, quelque chose ralentit. Le bruit est différent. Les mouvements sont moins rapides. Le regard porte plus loin. Il n’y a plus de circulation, d’écrans ou de décisions à prendre sans arrêt.
L’Organisation mondiale de la Santé a d’ailleurs résumé les connaissances sur les espaces verts urbains dans un rapport. On y lit que ces espaces aident à la détente psychologique, réduisent le stress et encouragent l’activité physique. Tu peux consulter ce rapport sur le site de l’Organisation mondiale de la Santé.
Il y a vraiment quelque chose dans l’air
Cette partie m’a surpris quand j’ai commencé à chercher.
Les arbres émettent naturellement des molécules volatiles dans l’air, qu’on appelle phytoncides. Parmi elles, on trouve l’alpha-pinène et le bêta-pinène, deux composés aromatiques connus des conifères. C’est en partie cette chimie naturelle que ton nez reconnaît quand tu entres dans une forêt de pins ou de sapins.
Des chercheurs japonais se sont intéressés aux cellules NK, pour Natural Killer, des cellules immunitaires. Dans leurs travaux, des séjours en forêt ont été suivis d’une hausse de l’activité de ces cellules, ce qui ne se produisait pas après un séjour en ville. Ces résultats sont résumés dans une revue publiée sur PubMed.
Dans une petite expérience, douze hommes ont passé trois nuits dans un hôtel en ville où l’on diffusait de l’huile de cyprès hinoki, riche en phytoncides. L’activité de leurs cellules NK a augmenté et leur taux d’adrénaline a diminué. Les substances émises par les arbres pourraient donc agir seules, sans même le paysage.
C’est fascinant, mais il faut rester prudent. Les revues scientifiques qui ont regroupé ces travaux demandent encore d’autres études. Mesurer l’activité de cellules pendant quelques jours n’est pas la même chose que prouver qu’on sera moins souvent malade. Je ne te dirai donc jamais que respirer l’air de la forêt « renforce ton système immunitaire ». Je te dis seulement que notre organisme semble répondre à l’environnement forestier, et pas juste notre humeur.

Et les conifères?
Dans ma région, ils sont partout. Pins, sapins, épinettes. Je me suis demandé si marcher parmi eux était encore plus utile que parmi les feuillus.
Ils ont de bons arguments. Les conifères produisent beaucoup de résine et libèrent des terpènes, dont les pinènes. On pourrait donc penser qu’une forêt de conifères est meilleure qu’une forêt de feuillus.
La science ne permet pas d’aller si loin, et les études se contredisent un peu. Dans une étude comparant des forêts de conifères, de feuillus et mixtes chez de jeunes participants, la forêt mixte aidait mieux pour la pression, le rythme cardiaque et l’énergie ressentie, tandis que la forêt de conifères obtenait de très bons résultats pour le ressourcement psychologique et la santé mentale positive. Une autre étude, dans des forêts urbaines, a trouvé au contraire que les conifères offraient une meilleure récupération physiologique que les forêts mixtes. Et une revue de 62 études n’a pas trouvé de lien clair entre le type de forêt et des mesures comme la pression, le pouls ou le cortisol.
Il n’y a donc pas de gagnant. Et la forêt que je vois devant chez moi a peut-être quelque chose de merveilleux : elle est mélangée. Des conifères, des feuillus, de l’eau, des variations de lumière, des odeurs différentes, des oiseaux, et des changements extraordinaires d’une saison à l’autre.
Pas besoin de chercher la forêt parfaite. Il suffit d’y entrer.

Deux heures par semaine, c’est peut-être déjà beaucoup
Une grande étude britannique, qui a suivi près de 20 000 personnes, a trouvé une association intéressante. Celles qui passaient au moins 120 minutes par semaine dans la nature disaient plus souvent être en bonne santé et avoir un meilleur bien-être que celles qui n’y passaient aucun temps. Le détail qui m’a plu : peu importe si ces deux heures étaient faites en une seule sortie ou en plusieurs petites. Et la majorité des visites se faisaient à environ trois kilomètres de la maison. Tu peux lire l’étude dans Scientific Reports.
Attention, encore une fois, cette étude montre une association. Elle ne prouve pas que deux heures précises sont une « dose » ni que la nature est la seule raison des différences observées. Les bienfaits semblaient aussi plafonner autour de 200 à 300 minutes par semaine, donc inutile de battre un record.
Mais deux heures par semaine, au fond, c’est très peu.
Une demi-heure aujourd’hui.
Une heure le week-end.
Quelques petites promenades.
Et aucune obligation de performance.
Ce que la photographie ajoute à tout ça
Pour un photographe, il y a une bonne raison de plus d’aller marcher, la photographie nous pousse à vraiment regarder.
Quand une lumière traverse les branches, on ralentit. Quand un reflet apparaît sur l’eau, on s’arrête. On remarque une texture d’écorce, une feuille, un rayon de soleil qu’une personne pressée n’aurait peut-être jamais vue.
Et pendant ces quelques minutes, notre attention ne se tourne plus vers ce qui s’est passé hier ou vers ce qu’il faudra faire demain. Elle est là. Maintenant. C’est peut-être l’une des plus belles choses avec la photographie, elle nous apprend à être présents.
Si ce thème t’intéresse, l’article Voir la lumière avant de déclencher : l’art de ralentir son regard va plus loin sur cette idée. Et si tu veux comprendre comment la photographie contribue au bien-être en général, l’article Les Bienfaits de la Photographie sur la Mémoire, la Santé Cognitive, et le Bien-être te donnera une bonne base. Ici, mon but est plus simple : la forêt et la marche d’abord, l’appareil photo ensuite.
Un appareil au cou fait très bien l’affaire, mais un téléphone dans la poche aussi. L’article Prendre des photos incroyables avec son smartphone le montre bien. Ce n’est pas le matériel qui te fera du bien, c’est le fait de sortir et de regarder.

Tu n’as même pas besoin d’appareil photo
Je tiens à ajouter quelque chose d’important, tu n’as pas besoin d’être photographe pour profiter de la forêt. Tu n’as même pas besoin d’apporter ton téléphone.
Tu peux simplement marcher. Respirer. Écouter. Regarder.
La photographie nous donne une bonne raison de sortir, mais le bien-être que la nature peut nous apporter en est déjà une à lui seul. Voilà donc deux bonnes raisons d’aller se promener en forêt, le bien-être d’abord, et si l’envie te prend, la photographie.
Depuis que je vis ici, quelque chose a changé
Mes amis qui vivent en ville me demandent parfois « Comment fais-tu pour rester aussi loin, avec si peu de monde autour de toi? »
La question me fait sourire, parce que je me sens aujourd’hui plus heureux que lorsque j’étais entouré de beaucoup plus de monde.
Ça ne veut pas dire que la ville rend malheureux ni que l’isolement est une bonne idée. Nous n’avons pas tous les mêmes besoins, et les relations humaines restent importantes. Mais j’ai découvert quelque chose que je n’avais jamais vraiment mesuré, l’endroit où l’on vit peut changer profondément notre quotidien.
Le silence. La possibilité de marcher. La présence de l’eau. Les arbres. Les saisons. La lumière.
Je ne peux pas mettre un chiffre sur ce que tout ça m’apporte. Je peux seulement constater la différence. Il y a presque deux ans, j’arrivais ici épuisé, et marcher était difficile. Aujourd’hui, je peux courir à nouveau. Je ne dirai jamais que la forêt en est l’unique responsable, parce que ce serait ignorer tout ce qui accompagne un changement de mode de vie. Mais quand je rentre d’une promenade avec la tête reposée et une humeur complètement différente de celle avec laquelle je suis parti, je sais au moins une chose, je retournerai marcher demain. Et si j’apporte mon appareil photo, ce sera simplement une deuxième bonne raison d’y aller.

Est-ce que marcher en forêt fait vraiment du bien?
Plusieurs études montrent qu’un temps passé en forêt est lié à moins de stress, à une meilleure humeur et à une relaxation du corps, au moins à court terme. Les chercheurs restent prudents sur la durée de ces effets, mais l’ensemble des résultats est encourageant.
Qu’est-ce que le shinrin-yoku, ou bain de forêt?
C’est une pratique japonaise qui consiste à s’immerger dans l’ambiance d’une forêt en utilisant tous ses sens. On marche lentement, on s’arrête, on observe, on écoute et on respire, sans chercher à faire une performance.
Combien de temps faut-il passer en forêt?
Il n’existe pas de durée officielle. Certaines études observent des changements dès 20 minutes, et une grande étude britannique a associé un total d’environ 120 minutes par semaine à un meilleur bien-être, en une seule sortie ou en plusieurs.
Les conifères sont-ils meilleurs que les feuillus?
Pas de façon prouvée. Les conifères libèrent beaucoup de terpènes comme les pinènes, mais les études qui comparent les types de forêts donnent des résultats qui varient. Une forêt mixte, avec conifères et feuillus, est un excellent choix.
Est-ce que la forêt renforce le système immunitaire?
Certaines recherches ont observé une hausse de l’activité de cellules immunitaires après des séjours en forêt, mais les spécialistes demandent encore des études plus solides. On ne peut pas affirmer que la forêt protège contre la maladie. La forêt n’est pas un médicament, mais elle peut faire partie d’un mode de vie qui fait du bien.
Faut-il un appareil photo pour profiter de la forêt?
Non. Marcher, respirer et observer suffisent. La photographie est une raison de plus de sortir, car elle nous pousse à ralentir et à remarquer la lumière, mais le bien-être de la marche en forêt existe sans elle.
Où marcher en forêt dans la région?
Dans mon coin de l’Outaouais, je marche autour de chez moi à Val-des-Bois, au lac Vert et au Parc régional du Poisson Blanc. Peu importe l’endroit, le plus important est de choisir un lieu où tu te sens bien et où tu peux avancer sans te presser.
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